Le jeu se lance, l’écran devient noir, puis retour brutal au bureau. Message d’erreur : EXCEPTION_ACCESS_VIOLATION. Premier réflexe : vérifier l’intégrité des fichiers du jeu sur Steam, tout retélécharger, désinstaller les pilotes graphiques, réinstaller. Trois heures perdues, zéro résultat. Le problème ne venait ni du jeu, ni de la carte graphique, mais d’un pilote logiciel oublié dans un recoin du Registre Windows, lié aux périphériques RGB.
Cette mésaventure, des dizaines de milliers de joueurs l’ont vécue ces derniers jours. En cause : une mise à jour de sécurité pour Windows 11, censée corriger des failles, qui a fini par casser des jeux à succès sans prévenir personne.
À retenir
- Une mise à jour Windows réputée sûre provoque des plantages en cascade sur des jeux populaires joués par des millions de joueurs
- Le fichier responsable ne se trouve pas où vous le cherchez — il est planqué ailleurs depuis des mois sur votre PC
- Microsoft reconnaît le problème avec 8 jours de retard, mais propose seulement un contournement manuel en attendant
Une mise à jour Windows qui vise à sécuriser, mais qui casse tout
La mise à jour KB5121003 a notamment apporté des améliorations à l’Explorateur de fichier et à la recherche tout en corrigeant pas moins de 400 failles. Sur le papier, rien d’alarmant : du renforcement de sécurité classique, le genre de patch qu’on installe sans y prêter attention. Mais plusieurs joueurs l’ayant téléchargé ont signalé des problèmes préoccupants avec certains jeux, et Microsoft a reçu plusieurs signalements préoccupants.
La firme de Redmond a fini par admettre le problème du bout des lèvres. « Suite à la publication des mises à jour Windows du 11 août 2026 (KB5121003) et ultérieures, Microsoft a reçu des rapports de problèmes concernant l’incapacité à exécuter les jeux comme prévu », peut-on lire sur une page de support dédiée. Pas franchement rassurant pour qui vient de perdre sa soirée à chercher une solution qui n’existait pas dans les paramètres du jeu.
Trois titres très populaires figurent en tête de liste des victimes : ARC Raiders, MARVEL Tōkon: Fighting Souls et The Finals. Des jeux multijoueurs récents, joués par des millions de personnes, où un crash en pleine partie classée fait particulièrement mal. Et le symptôme est sans équivoque : Windows 11 provoque des plantages sur certains jeux depuis la mise à jour de sécurité d’août 2026, avec des gels, des fermetures brutales, l’erreur EXCEPTION_ACCESS_VIOLATION et même des redémarrages du PC.
Le vrai coupable : un pilote RGB planqué dans le Registre
C’est là que l’histoire prend un tour inattendu. Le réflexe naturel, face à un jeu qui plante après une mise à jour, consiste à s’attaquer aux fichiers du jeu lui-même : vérification d’intégrité via le launcher, suppression du cache, réinstallation complète. Logique, mais totalement à côté de la plaque dans ce cas précis.
Un technicien confronté au problème a mis le doigt sur la vraie cause : un pilote système baptisé inpoutx64, utilisé par de nombreux logiciels d’éclairage RGB (claviers, souris, ventirads, bandeaux lumineux) pour communiquer avec le matériel à bas niveau. Microsoft confirme que ARC Raiders, MARVEL Tōkon: Fighting Souls et THE FINALS figurent parmi les titres concernés, et en attendant une correction définitive, l’entreprise propose une solution temporaire liée à certains pilotes RGB. Le fichier fautif n’a jamais été dans le dossier d’installation du jeu, mais dans une clé de registre associée à un pilote tiers que la plupart des joueurs ne savent même pas avoir installé.
La solution de contournement proposée consiste à désactiver temporairement le pilote inpoutx64 depuis le Registre Windows. Une manipulation qui demande de la rigueur, car la manipulation demande de la prudence : une mauvaise modification du Registre peut provoquer d’autres problèmes. Mieux vaut donc exporter une sauvegarde de la clé concernée avant toute modification, ou passer par un point de restauration système plutôt que de bricoler à l’aveugle.
Ce que Microsoft fait (et ne fait pas encore)
La reconnaissance officielle du bug n’a pas été immédiate. Le 19 août 2026, Microsoft a ajouté une nouvelle entrée à son tableau de bord Windows, indiquant que l’entreprise avait reçu des rapports de jeux qui cessaient de répondre, avec un statut d’enquête en cours ; c’était la première fois que Microsoft reconnaissait publiquement l’existence du problème depuis la sortie de la mise à jour le 11 août. Huit jours de silence pendant lesquels des joueurs cherchaient des explications sur des forums, persuadés d’avoir un problème matériel ou un jeu corrompu.
Pour l’instant, aucun correctif définitif n’a été déployé : seule la manipulation manuelle du registre permet de contourner le souci. Ce genre d’incident n’est pas isolé dans l’histoire récente de Windows. En mai 2023, la mise à jour KB5025305 avait entraîné le blocage de certains jeux pendant les parties, un précédent qui montre que le duo Windows/gaming reste fragile à chaque grosse mise à jour de sécurité.
Avant d’accuser le jeu, pensez au registre
La leçon à tirer dépasse largement ce cas précis d’inpoutx64. Quand un jeu se met à planter juste après une mise à jour Windows, l’ordre des vérifications compte énormément. Beaucoup se précipitent sur la vérification des fichiers du jeu via Steam ou Epic Games Launcher, une étape utile mais rarement suffisante quand le déclencheur est une mise à jour système et non un problème local. Vérifier les fichiers du jeu dans son launcher après chaque mise à jour reste une bonne pratique, car les mises à jour Windows, les mises à jour de pilotes GPU ou les correctifs de jeu peuvent corrompre le cache de shaders ou provoquer des incohérences de fichiers, mais cela ne résout rien si le problème vient d’un pilote tiers activé au démarrage de Windows.
Le shader cache mérite aussi d’être regardé de près, car un cache de shaders corrompu peut faire reconstruire les shaders indéfiniment, un phénomène qui survient après des crashs, des mises à jour interrompues, des arrêts forcés ou des erreurs de stockage. Autant de pistes à explorer avant de conclure trop vite à un jeu défectueux ou à une carte graphique en fin de vie.
Reste une réalité un peu vertigineuse : un correctif de sécurité censé combler 400 failles a réussi à faire planter des jeux joués par des millions de personnes, à cause d’un pilote RGB que la plupart des utilisateurs ignoraient avoir sur leur machine. La prochaine fois qu’un jeu refuse de se lancer après un patch Tuesday, jeter un œil au gestionnaire de périphériques et aux logiciels d’éclairage installés vaut peut-être mieux qu’une réinstallation complète de 80 Go.
Sources : menow.fr | it-connect.tech | tomsguide.fr
