Douze euros pour un lot de cartouches compatibles, contre plus de quarante pour l’équivalent d’origine. L’affaire semblait réglée jusqu’au matin où l’imprimante a redémarré seule, affiché un message énigmatique, puis refusé net d’imprimer. Le coupable n’était ni la cartouche ni une panne mécanique : une mise à jour du micrologiciel, installée sans demander l’avis de personne, venait de rétablir un verrou logiciel conçu pour une seule chose, forcer le retour vers l’encre de marque.
À retenir
- Une mise à jour firmware HP déployée fin janvier 2026 bloque les cartouches tierces sur onze modèles d’imprimantes, y compris des machines vieilles de neuf ans
- Cette pratique arrive précisément 30 jours après l’entrée en vigueur d’EPEAT 2.0, une norme qui l’interdit pour les certifications environnementales
- Des solutions existent : désactiver le Wi-Fi, accéder au serveur web de l’imprimante ou utiliser des cartouches compatibles conçues pour résister aux mises à jour
Une puce, un firmware, et le piège se referme
Le mécanisme n’a rien de nouveau, mais il reste méconnu du grand public. Depuis 2016, HP intègre dans ses imprimantes une technologie appelée « Dynamic Security », qui vérifie la puce électronique de chaque cartouche insérée et peut refuser de fonctionner si cette puce n’est pas reconnue comme « officielle HP ». Le tour de force, c’est la discrétion de la manœuvre : HP déploie régulièrement des mises à jour automatiques du firmware via la connexion Wi-Fi, souvent sans prévenir l’utilisateur. Une imprimante qui acceptait tranquillement des cartouches à 12 € la veille peut, du jour au lendemain, les considérer comme des intrus.
Le pire, c’est que l’ancienneté de l’appareil ne protège de rien. En janvier et février 2026, HP a déployé une nouvelle mise à jour firmware sur au moins onze de ses modèles d’imprimantes, y compris des appareils vieux de presque neuf ans comme l’OfficeJet Pro 7720. Une machine achetée sous l’ère Obama, tranquillement branchée dans un coin du salon, s’est ainsi retrouvée du jour au lendemain avec une politique commerciale 2026 imposée à distance. La mise à jour porte un nom de code presque anodin : la mise à jour firmware 2602A/B, déployée fin janvier 2026, est celle qui bloque les cartouches tierces sur de nombreux modèles HP, même anciens.
Le paradoxe écologique qui met HP en porte-à-faux
Voilà où l’histoire prend un tour presque comique. Le blocage arrive au pire moment possible pour le fabricant, puisque la nouvelle norme EPEAT 2.0, en vigueur depuis décembre 2025, interdit précisément cette pratique aux fabricants qui veulent garder leur certification environnementale. Trente jours à peine séparent l’entrée en vigueur de cette norme et le déploiement du firmware controversé, un timing qui interroge forcément. HP a publié la version firmware 2602A/B, trente jours après l’entrée en force d’EPEAT 2.0.
L’ironie est là : des cartouches remanufacturées, parfaitement fonctionnelles, deviennent des déchets électroniques du jour au lendemain, uniquement parce qu’un logiciel décide qu’elles ne le sont pas. À titre personnel, difficile de ne pas voir dans cette coïncidence de calendrier un pari calculé plutôt qu’un hasard technique. Reste à savoir si les gros acheteurs institutionnels, souvent très attentifs aux labels environnementaux dans leurs appels d’offres, accepteront de fermer les yeux.
Que faire quand la machine a déjà tranché sans vous
Première chose à savoir : rien n’est irréversible, même si la manipulation demande un peu de patience. La solution la plus radicale consiste à agir en amont plutôt qu’en réparation. Couper la connexion Wi-Fi de l’imprimante empêche le fabricant de pousser des mises à jour firmware non sollicitées. Concrètement, cela veut dire imprimer via un câble USB relié à l’ordinateur ou via le Wi-Fi Direct, une contrainte réelle mais qui a le mérite de couper la source du problème à la racine.
Pour ceux dont le mal est déjà fait, la marche à suivre passe par l’interface d’administration de l’appareil. Il faut accéder au serveur web intégré (EWS) de l’imprimante via son adresse IP dans un navigateur, pour vérifier et désactiver les réglages liés à la politique de cartouches. Sur certains modèles, un simple reset aux paramètres d’usine peut aussi remettre les compteurs à zéro. Un accès au serveur web de l’imprimante permet d’effectuer une réinitialisation aux paramètres d’usine, ce qui débloque le formatter et permet l’utilisation de nouvelles cartouches.
Autre piste, plus pragmatique : privilégier des cartouches compatibles conçues pour résister à ces mises à jour. Certains vendeurs indiquent désormais explicitement la compatibilité post-mise à jour sur leurs fiches produits, une mention qui vaut mieux qu’un vague « compatible universel ». Lors de l’achat de cartouches compatibles, il est conseillé de rechercher la mention « HP-compatible after firmware updates ». Une astuce de dépannage circule aussi beaucoup sur les forums d’utilisateurs : réinstaller temporairement une cartouche d’origine suffit parfois à débloquer l’imprimante et à réinstaller ensuite la compatible. Si une mise à jour bloque les cartouches compatibles, une cartouche d’origine permet souvent de remettre l’imprimante en état pour réinstaller des cartouches compatibles ensuite.
Le vrai enjeu, c’est le modèle économique
Derrière l’anecdote personnelle se cache une logique industrielle bien identifiée. Les fabricants d’imprimantes veulent que leurs clients achètent leur encre, car les ventes de cartouches sont souvent plus rentables que les ventes d’imprimantes elles-mêmes, ce qui fait du firmware un levier commercial. L’imprimante n’est plus un objet qu’on possède intégralement : c’est un terminal connecté dont les règles peuvent changer à distance, à n’importe quel moment, sans consultation. Douze euros de cartouches compatibles, ça reste une bonne affaire, à condition de garder un œil sur les notifications de mise à jour avant de cliquer distraitement sur « installer maintenant ».
Sources : tout-en-couleur.com | generation-nt.com
