Les joints neufs étaient en place, le courant d’air n’a pas bougé. Le premier coup de froid de la saison a suffi pour que la flamme d’une bougie, tenue près du battant, se couche à l’horizontale. Mon diagnostic de départ était faux.
Le joint restait pourtant le suspect évident.
- Un joint neuf ne comble pas un jeu de plusieurs millimètres si l’ouvrant s’est affaissé sous son poids
- Le joint périphérique en mastic entre le cadre et le mur peut se fissurer et laisser passer l’air derrière le dormant
- Un vitrage ancien crée un effet de paroi froide qui produit une sensation de courant d’air au niveau des chevilles
- Le coffre de volet roulant mal isolé laisse entrer l’air par la trappe de visite et le passage de la sangle
Pourquoi le joint est un faux coupable
Un joint en caoutchouc ou en élastomère durcit avec les années, se fissure et finit par se creuser, en général entre 10 et 15 ans d’usage. Le remplacer semble donc logique. Mais sur une fenêtre dont l’ouvrant s’est affaissé sous son propre poids, les ferrures se sont desserrées et le battant ne vient plus appuyer partout contre le dormant. Un joint neuf ne comble pas un jeu de plusieurs millimètres dans un angle.
Le test le plus simple tient dans une feuille de papier. On la coince entre l’ouvrant et le dormant, fenêtre fermée, puis on tire dessus, et ce en plusieurs points du pourtour. Si elle glisse sans résistance, la compression est insuffisante, et c’est presque toujours le cas dans le coin opposé aux paumelles.
La correction se fait avec une clé Allen. Les excentriques et les pions de fermeture, visibles sur la tranche de l’ouvrant, se règlent par quarts de tour, et il faut compter quelques minutes par fenêtre. La plupart des fabricants recommandent aussi un graissage annuel des ferrures, que presque personne ne fait.
Les fuites que personne ne regarde
Entre le cadre et le mur, un joint périphérique en mastic ou en mousse assure l’étanchéité de la pose. Avec le temps, il se fissure ou se décolle, et l’air passe alors derrière le dormant, parfois jusqu’aux habillages intérieurs. Par temps venteux, un bâton d’encens promené le long des tapées et des angles montre où la fumée est aspirée ou rabattue. Une prise de courant mal calfeutrée sous la fenêtre trahit parfois le même défaut.
Le coffre de volet roulant fait pire.
Dans beaucoup de logements construits dans les années 1990 et 2000, il est mal isolé, et l’air entre par la trappe de visite, le passage de la sangle ou du câble et les jonctions avec les coulisses. Un coffre qui souffle ressemble exactement à une fenêtre qui fuit, ce qui explique que tant de gens changent leurs joints pour rien.
Dernier point à vérifier : les entrées d’air. Ces fentes rectangulaires, fixées en haut du dormant, sont calibrées pour alimenter la ventilation du logement quand il en possède une. Les boucher règle la sensation de courant d’air, mais ouvre la porte à la condensation et aux moisissures.
Quand c’est le vitrage qui fait le courant d’air
Parfois, rien ne fuit du tout. Un vitrage ancien affiche un coefficient Ug autour de 2,8 à 3 W/m²K, contre environ 1,1 ou moins pour un double vitrage récent à isolation renforcée. La vitre est alors si froide que l’air à son contact se refroidit, devient plus dense et glisse vers le sol, où il balaie les chevilles.
Un thermomètre infrarouge permet de trancher : on compare la température du vitrage, du cadre et du mur voisin. Un écart de plusieurs degrés entre la vitre et le reste confirme l’effet de paroi froide. Dans ce cas, aucune pièce de caoutchouc ne changera la sensation, seul un remplacement du vitrage ou de la fenêtre le fera.
Une soirée de vent, une bougie et une feuille de papier suffisent à poser le diagnostic.
Dans quel ordre agir
Mieux vaut commencer par le gratuit : régler les ferrures, puis refaire le mastic périphérique et traiter le coffre de volet roulant. Les joints ne se changent qu’ensuite, s’ils sont réellement durcis ou écrasés. Le vitrage arrive en dernier, car c’est le poste le plus coûteux, et les aides à la rénovation énergétique qui s’y rattachent restent soumises à conditions, à vérifier auprès de France Rénov’.
Mes joints neufs n’étaient pas inutiles pour autant : un joint durci perd son élasticité vers 10 à 15 ans, et une fois l’ouvrant correctement réglé, les miens appuient enfin sur toute la périphérie du cadre.

