La fibre optique de votre box ne risque pas de griller lors d’une tempête solaire. Le brin de verre transporte de la lumière, pas le courant électrique responsable des effets sur les longues lignes conductrices. Le danger existe pourtant, mais il se trouve ailleurs : dans les câbles qui traversent les océans et dans le réseau électrique dont dépend tout le reste.

À retenir
  • La fibre optique transporte de la lumière, elle n’est pas sensible aux courants induits par les tempêtes solaires.
  • Les câbles sous-marins et le réseau électrique sont les maillons les plus exposés.
  • Un scénario extrême coûterait plus de 7 milliards de dollars par jour aux États-Unis.

Un brin de verre sourd aux orages magnétiques

Une éruption solaire peut expulser une bulle de plasma qui, en atteignant la Terre, perturbe le champ magnétique et induit des courants dans les longs conducteurs métalliques, comme les lignes à haute tension. La fibre est faite de silice : dans les câbles, la fibre optique elle-même est immunisée contre ces courants, d’après l’étude de l’université de Californie à Irvine. Ce constat explique pourquoi les connexions locales et régionales présentent un risque faible de dommages.

Le tableau se complique dès qu’on regarde la chaîne entière. Un câble peut comporter des éléments métalliques, et une box contient de l’électronique. Les relais terrestres dépendent du réseau électrique commercial : si le courant tombe le long d’une route, ils s’arrêtent et le câble ne transporte plus rien. Une connexion coupée ne prouve donc ni une fibre brûlée, ni une origine solaire.

En mars 1989, une tempête a éteint le Québec pendant neuf heures.

Six millions de personnes ont été touchées, et l’épisode reste une référence pour les ingénieurs du secteur électrique. La NOAA, l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, décrit ces effets sur les transformateurs et les protections des réseaux.

Sous les océans, le maillon fragile

Plus de 1,2 million de kilomètres de câbles de fibre gisent au fond des mers et des océans. Sur ces distances, le signal s’épuise, et des répéteurs, espacés d’environ 50 à 150 kilomètres, l’amplifient. Ces câbles ne transportent pas d’électricité pour les données, mais ils contiennent des fils conducteurs qui alimentent les répéteurs.

Un conducteur de plusieurs milliers de kilomètres se comporte comme une antenne géante pour les courants géomagnétiques. D’après l’étude présentée à la conférence SIGCOMM 2021, un câble entier peut devenir inutilisable si un seul répéteur tombe. Les câbles de l’Atlantique et du Pacifique à haute latitude seraient exposés même en cas de tempête modérée. Les États-Unis risqueraient une déconnexion d’avec l’Europe, tandis que cette dernière résisterait mieux grâce à des câbles plus courts.

Google a voulu vérifier sur le terrain. Ses ingénieurs ont suivi la tension d’alimentation de quatre câbles transocéaniques pendant des périodes d’activité solaire intense, et ils ont trouvé une forte corrélation avec le champ géomagnétique aux points d’atterrage.

Les satellites ne sont pas épargnés. L’étude range les liaisons par satellite parmi les plus vulnérables, au même titre que les câbles sous-marins. Pour les foyers ruraux qui n’ont pas accès à la fibre, cette option de secours ne serait donc pas forcément plus sûre.

Un transformateur se remplace en jours ou en semaines, un câble sous-marin en mois.

Un scénario rare, pas impossible

Les chercheurs d’Irvine, qui s’appuient sur des travaux antérieurs, estiment que la probabilité d’un événement extrême frappant directement la Terre se situe entre 1,6 et 12 % par décennie. Le précédent le plus célèbre, l’événement Carrington, date de 1859, bien avant l’existence d’Internet. Une journée de coupure aux États-Unis coûterait plus de 7 milliards de dollars, selon l’étude.

L’ampleur des dégâts varie selon les régions. L’Asie affronte moins de risques, alors que l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les autres pays insulaires de la zone perdraient la plupart de leurs connexions longue distance. Dans l’un des scénarios de l’étude, avec 150 kilomètres entre deux répéteurs, près de 80 % des câbles sous-marins seraient touchés. Ces chiffres décrivent un cas extrême, pas une prévision.

Une fois l’éruption détectée au niveau du Soleil, il resterait environ 13 heures pour réagir. La chercheuse Sangeetha Abdu Jyothi juge pourtant que le monde manque de protocoles et que l’infrastructure n’est pas préparée à un événement solaire de grande échelle.

En mai 2024, la plus forte tempête en vingt ans a épargné Internet.

Ce que cela change chez vous

Pour un foyer français, un scénario extrême ressemblerait moins à un black-out total qu’à un Internet coupé en deux. L’Europe résisterait mieux que les États-Unis, mais les services hébergés outre-Atlantique pourraient devenir inaccessibles pendant des semaines. Les sites et applications hébergés en Europe continueraient de fonctionner tant que l’électricité tient.

Quelques précautions suffisent : garder une copie locale des documents importants, une radio à piles et un peu d’espèces. Un onduleur branché sur la box ne dépanne que quelques minutes ou quelques heures, et ne sert à rien si les relais du réseau sont eux-mêmes privés de courant.

Pour suivre la météo de l’espace, le centre américain de la NOAA publie ses alertes sur une échelle de G1 à G5, G5 désignant une tempête extrême. Le cycle solaire 25 a passé son pic d’activité, mais la décroissance est lente. Les tempêtes d’octobre 2003, survenues en phase descendante du cycle précédent, avaient privé de courant une partie de Malmö, en Suède.

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